Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
Nouara Algérie.com

ECOLOGIE ET ENVIRONNEMENT EN ALGERIE

Culture de l'accaparement et environnemen

 

Publié par Mustapha HAMMOUCHE

le 17-08-2020 10:30


 

À Annaba, la population s’est mobilisée contre le bétonnage d’une plage emblématique. En quoi un illuminé qui dégrade Aïn El-Fouara serait-il plus dangereux qu’un maire qui cimente la plage Saint-Cloud ? Le premier s’attaque à une œuvre humaine peut-être réparable ; le second dilapide, de manière irrattrapable, une œuvre millénaire de la nature qui fait qu’Annaba a ce beau privilège d’avoir “une plage au centre-ville”.

Mais qu’il se rassure, ce P/APC “bâtisseur”. C’est tout le système qui fonctionne dans cette logique : dilapider du patrimoine pour faire marcher les affaires, au sens noble comme au sens mafieux. Détruire le durable pour construire l’éphémère.

Que d’oueds asséchés, de littoraux “lotis”, que de forêts défrichées, que de montagnes éventrées de carrières, que de plaines “industrialisées”, que de villes clochardisées… Depuis que ce pays est libéré, sa dégradation physique s’est vertigineusement accélérée. Quand, en 1962, l’état-major prit le pouvoir, il le fit dans un esprit de mainmise sur un butin de son coup d’état. Près de soixante ans après, ce système n’a pas changé.

Le parc immobilier, le sol et le sous-sol que les colons n’ont pas pu emporter à leur départ a constitué le “tapis” de départ de ceux pour qui l’Algérie allait devenir un enjeu d’abord matériel. 

“Le peuple”, lui, a hérité de la tâche de soutenir la dictature. Organisé dans un parti unique et des organisations catégorielles uniques, il marchait à une cadence qu’il recevait du sommet à travers une succession d’échelons exécutifs. Le principe est que le peuple devait être bien heureux d’avoir été libéré et de disposer désormais d’un État lui assurant un minimum social.  
Dans le système algérien, le régime est d’abord autorité. En ce sens que sa décision ne peut souffrir la contestation. 

Dans cet univers, il n’y a pas de contre-pouvoir à l’extérieur du système. Celui-ci organise les “masses” et les “catégories” pour contrôler leur pensée et leurs actions. Il n’y a de “société civile” qu’organique. Il n’y a pas de contre-pouvoirs internes, non plus. C’est le principe du pouvoir total. Même les Assemblées élues et les institutions arbitrales — Conseil constitutionnel, Banque centrale, etc. — sont des dépendances du plein-pouvoir central. 

Même pas de contre-pouvoir technique : dans les secteurs de l’industrie ou de l’énergie, par exemple, on décide du choix technologique et de la localisation, puis on commande l’étude d’impact à un service lui-même structure du ministère. Il y a quelques années, c’est à la ministre de l’Environnement que le gouvernement a demandé de plaider l’innocuité écologique de l’exploitation du gaz de schiste ! Et c’est avec l’aval du ministère de l’Agriculture, et de la Direction des forêts, qu’à l’occasion, on déclasse des fermes pour construire des usines ou des cités.

Cette mentalité systémique de l’accaparement, à l’origine de notre “mépris écologique”, a culturellement déteint sur “le peuple”. On le voit en ville, sur le bord des routes, et sur les plages, il contribue frénétiquement à la politique de dégradation environnementale de l’État.

Alors, quand on apprend qu’à In Salah ou à Annaba, des Algériens accourent pour défendre le milieu qu’ils légueront à leurs enfants, on se dit, avec espoir, que s’amorce peut-être une révolution mentale.

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article