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Nouara Algérie

ECOLOGIE ET ENVIRONNEMENT EN ALGERIE (Une revue de web de plus de 4500 articles )

Être  écologiste en Algérie?

 

Est-il possible de parler en 2021 d’une réelle conscience écologique de la société algérienne ? Ce qui voudrait  dire notamment, qu’en Algérie,  l’écologie ne  serait pas seulement cantonnée à son statut initial de science dure. Cela signifiera  également  que, dans notre pays,  l’écologie des écologues est devenue aussi celle des écologistes ;  qu’elle a pu  ainsi, en quelque sorte,   devenir une science appliquée au domaine du fait politique et  du comportement social.  Répondre de manière positive à cette première question implique-t-il  qu’il existe de ce fait de véritables écologistes algériens ?  C’est-à-dire des militants d’une écologie algérienne qui serait  influente et opérationnelle  dans les champs politique et social de l’Algérie ? Si oui, depuis quand ?  Et si cela ne s’avère  pas vraiment être  le cas, alors  pourquoi ?

Commençons tout d’abord par nous pencher sur l’éventualité ou non d’une conscience environnementale  au sein de la société algérienne.  Tâchons, ainsi,  de savoir  si cette prise de conscience  est une réalité effective, une simple vue de l’esprit, ou bien tout simplement un phénomène social en plein développement, qui ne serait pas encore arrivé à  sa pleine maturation ? Une conscience écologique algérienne,  qui a tout de même le mérite de progresser au fil du temps et de ce que lui impose  l’actualité  algérienne où les constats de  pollution et les dégradations environnementales se font malheurseument  monnaie trop courante.

A force, notamment,  d’un travail de sensibilisation et d’information que de  nombreuses associations, quelques personnalités plus ou moins publiques ainsi qu'une partie de la presse algérienne , n’ont eu de cesse de rendre plus effectif  depuis au moins  ces cinq dernières années.  Au regard également d’une influence  plus exogène,  celle  de la place de plus en plus importante que l’écologie est en train de prendre dans les débats publiques ainsi que le paysage politique et médiatique de nombreux pays, particulièrement  parmi les plus développés.

Il ne faudrait d’ailleurs, à ce propos, ne pas oublier de mentionner les efforts  accomplis en Algérie, de la part des diplomaties et ONG étrangères , pour participer au développement de cette prise de conscience qui est à présent une réalité au destin certes encore fragile, mais qui n’en demeure pas moins  pour autant en progression constante. Il est d’ailleurs tout aussi important de relever le caractère forcément hétérogène d’une telle démarche, qui se saurait être accomplie par un simple élan d’altruisme écologique universel. Cette dernière nous révèle à bien des égards l’importance de la question environnementale dans l’agenda diplomatique de nations plus que volontaires à développer une telle conscience dans un pays qui est déjà un très bon client en matière de services et de conseils environnementaux étrangers, faute de travailler avec un peu plus de volontarisme ainsi que de sincérité à développer plutôt une compétence nationale dans ce domaine.

On doit aussi prendre le temps de saluer le travail des écologues algériens, ces hommes et  ces femmes qui essaient, tant bien que mal, de faire progresser la science écologie en Algérie, un pays qui souffre encore, malgré tout, de sérieuses lacunes dans ce domaine. En écho à cet hommage, il est essentiel de rappeler que l’écologie politique, sans l’apport des sciences de l’Ecologie et de l’Environnement, n’a pas de chance d’atteindre la maturité nécessaire à son développement effectif et opérationnel.  Jusqu’à ce jour, le manque d’investissements et de soutiens politique aux recherches dans ce domaine, le déficit également de créativité et d’émulation au sein de cette sphère d’activité scientifique, rend la rencontre entre l’écologie scientifique et l’écologie politique algérienne beaucoup trop timide, là où elle doit absolument s’avérer  être une alliance forte, durable et stimulante pour les deux  tribus d’une même grande  famille.  

Disons que, malgré tout, cette prise de conscience  écologique et environnementale algérienne ne doit et ne peut plus être  considérée seulement armé  d’une réserve à l’épreuve de toute forme d’optimisme. Il existe  bel et bien en Algérie un public, qui plus est de plus de plus  en plus nombreux, pour s’intéresser aux questions d’écologie et d’environnement, autant que le champ discursif de l’état algérien n’a de cesse d’inviter ces questions, avec, précisons le, une efficacité d’action et de prospective bien en dessous de la qualité de ses discours  ainsi que des attentes de la société civile la plus engagée dans ce domaine.  

Pour nombre d’observateurs et  de commentateurs de l’actualité algérienne, cette prise de conscience a réellement commencé à se manifester sur la scène publique avec le mouvement anti-gaz de schiste, qui a fait en son temps beaucoup d’émules parmi un nombre très importants de militants,  dont  la plupart ne s’étaient jusque là jamais  mobilisés vraiment  pour une cause directement liée à une contingence environnementale. Mais il semblerait que, à y réfléchir de plus près, et donc en disposant d’une connaissance plus approfondie de l’articulation dans l’espace et le temps de cette prise de conscience, cette conviction, qui ne manque pas d’une certaine pertinence, ne  doit pas être dédouanée qu'on la soumette à certaines  légitimes réserves et précisions. 

Certes, si cette manifestation a pris une ampleur jusque-là inédite, notamment en prenant sa source dans un mouvement de contestation initialement populaire et non plus seulement universitaire, comme ce fut la plupart du temps le cas pour ce genre de polémique, ce mouvement n’a pas eu de réelle suite, notamment politique.

Une fois le « buzz » politique  passé, quasiment aucune et aucun de ces militants « notoires » et avérés de la scène civile algérienne ne s’est réellement engagé dans une démarche d’écologie politique durable. Au point même que, une fois cette tempête médiatique et publique passée, après de vagues annonces de retrait du projet, la question de l’exploitation du gaz de schiste en Algérie est non seulement loin d’avoir été mise définitivement de côté.  Pire, de nombreuses rumeurs font état d’une exploitation déjà en cours, loin des regards indiscrets. Au point également que la menace sur l’environnement et la nature en Algérie n’a jamais paru aussi pesante et donc préoccupante qu’en ce moment précis de l’actualité politique algérienne.

Il faut dire que la grande majorité du temps, aucune des contestations qui ont précédé celle du gaz de schiste, ni  même celles qui se sont articulées après, n’ont su s’extirper d’un canevas  malheureusement récurant ; celui  d’une mobilisation beaucoup trop périodique,  surtout en réaction à un problème bien précis, qui, une fois la question plus ou moins réglée ou étouffée, se dissolvera systématiquement dans la nature résiliente du système anti-politique  algérien. C’est une écologie politique qui opère au cas par cas et, surtout, qui ne sait ou ne veut polariser les volontés ainsi que les énergies que le temps d’une revendication bien ciblée.

Ce caractère impulsif porte en lui un lot de limites qui ne peuvent que s’avérer insurmontable,  non seulement à l’échelle de la  durée, mais encore plus au regard du rayonnement géographique que devraient accuser de telles actions.   Car, à  vrai dire, elles s’avèrent beaucoup trop  éphémères et le plus souvent engagées par des protagonistes différents,  qui ne sont la plupart du temps impliqués ou concernés  que localement  ou indiviuellement par les causes qu’ils défendent. Beaucoup trop de ces réactions, il ne faudrait surtout pas s'interdire de le mentionner, cachent des ambitions dont le relation sincère avec l'écologie et l'environnement est loin d'être toujours avérée ou désintéréssée. 

La principale conséquence d’un tel régime de  lacunes récurrentes  est sans aucun doute qu’il n’existe que très peu de jurisprudence et donc de partages d’expériences parmi les acteurs de ces combats écologiques. Il y a tout un capital d’acquis et d’expériences qui n’est pas assez valorisé dans la durée et l’espace, il faut insister sur ces deux dimensions essentielles du rayonnement  inévitable d’une action politique sans lesquelles  elle  ne se transformera que très difficlement  en un réel mouvement  social digne de ce nom.

Il n’y a pas vraiment de mouvement écologiste algérien à proprement parler, parce  que, notamment,   il n’y a pas vraiment d’unité dans le temps et l’espace de l’action  citoyenne aux questions d’écologie et d’environnement.Chaque combat parait s’articuler selon sa propre logique,  selon  ses propres énergies, avec ses propres actrices et acteurs,  son propre discours, ses propres arguments, sans  que  jamais, ou bien très rarement,  les combats locaux ne  prennent une ampleur nationale.

Or, c’est justement ce qui a fait la force du mouvement anti-gaz de schiste algérien, son rayonnement géographique, qui a non seulement eu un écho à l’échelle locale et nationale, mais  qui a su également s’attirer la sympathie des mouvements écologistes de nombreux pays. Cependant, une telle synergie pourtant bien engagée pour durer, n’a pas sur capitaliser cette formidable énergie spontanée  de contestation en force durable de proposition et de veille écologique.

Pourquoi ? Parce qu’être un ou une  écologiste algérien(ne)  ne saurait à présent relever d’une simple action individuelle ou isolée. Encore moins ces écologistes ne peuvent se contenter de limiter leur champ d’action et de réflexion à celui beaucoup trop étriqué pour un si vaste sujet et pour un  pays aussi immense. Celui  de leur personne, de leur image, de leur public ou bien encore de leur localité. Parce qu’être écologiste en Algérie ne saurait avoir de sens profond, si les écologistes algériens et algériennes ne  se mettent pas à produire   du  sens et de  la profondeur  pour rendre les germes de cette conscience environnementale algérienne plus que naissante, mais plutôt, justement, amendée  d’une vision écologiste algérienne capable de la porter  sur la voie de la maturité politique. 

C’est donc, aussi volontaires, sincères et talentueux qu’ils puissent être pour les uns et vouloir  le paraitre pour les autres, la maturité de ces actrices et acteurs de l’écologie algérienne, qui doit prendre en premier lieu racine au sens d'un mouvement structuré non pas autour de personalités mais d'une vision partagée. Pour qu’émerge une écologie politique algérienne digne d’intérêt pour la société civile algérienne.

Ajoutons  avec insistance qu’écologie politique ne signifie pas invariablement écologie politicienne. Il ne s’agit  pas ici de parler forcement de la création d’un ou de plusieurs partis politiques écologistes algériens. Ceux qui existent  déjà , ou font semblant d'exister, sont loin d’avoir prouvé tant la réalité, la pertinence que l’efficacité d’une telle démarche; surtout  dans un pays où  le champ de la démocratie est une monoculture au sein de laquelle  le pluralisme relève plus de la cosmétique et du populisme que d’une réalité matérielle.

De plus,  soulignons que l'apport de la science Ecologie, en tant que science dure, et, même si elle arrive à se faire encore plus une science appliquée dans notre pays, ne saurait suffire. Autant que le nombre des militants pour une Algérie plus proche de la civilisation écologique que du dévorement durable ne saurait palier la nature qualitative de la dynamique  engagée par leurs initiatives. Ce qui fait terriblement défaut, c’est une vision idéologique de la question et, en Algérie, elle devra intégrer au moins  quatre grandes dimensions : une conscience holistique  l’identité, une philosophie  locale de la modernité, une rencontre sereine entre l’écologie universelle et la spiritualité algérienne, une culture de la concrétisation des paroles en actes. 

Il faudra de ce fait que , une fois qu'il daignera enfin exister de manière compacte et sturcturée, le mouvement écologiste algérien se démarque ainsi de tous les autres mouvements politiques algériens qui paraissent pour l’instant si faibles et  si peu fiables à produire du sens et de la profondeur, encore plus des radicaux communs et non plus seulement des points de divergences  pour la société algérienne. Cela non pas pour se différencier des autres par principe, mais au contraire , pour faire du champ de réflexion et d’action de l’écologie et de l’environnement un terrain idéal pour une émulation plus vaste au sein du paysage social et politique algérien.

Etre écologiste en Algérie, cela  veut donc dire continuer à éveiller les consciences, à soumettre le développement algérien à une veille écologique à la fois sincère et soutenue, mais cela devrait  encore plus impliquer de proposer les bases d’un nouveau projet de société algérienne. Celui  d’une modernité dont l'universalité qui saura s'enrichir  du meilleur de nos particularités locales et vernaculaires. C’est d’ailleurs cette rencontre heureuse  qui devrait  nous aider non plus à déplorer les symptômes du dévorement durable de l’Algérie;  à insuffler  plutôt l'intelligence de  remèdes réalistes, créatifs;  dont la durabilité n’est pas celle qui qualifie la résilience du pire, mais bien la pérennité du meilleur…Une Algérie qui se renouvelle avec authenticité et non pas qui continuera à nous vendre la nouveauté au prix de la conservation stérile...

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